Hypnagogies
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| Hypnagogies | 1977/2006 | © Pierre Wayser 2006 |


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Quoi ?
Il est possible que l'image soit réduite et ne possède plus les droits de sa reproduction.
Depuis, il y a sécession sur tous nos reflets.
La folie reconstructrice de tableaux vivants.
Nous sommes à tel point isolés.
Le campement le plus triste de la côte.
Avec les habitants de son propre musée de cire.
Les hommes d’un teint de muqueuse.
Ça revient insidieusement, sourdement.
Aux premières nuits chaudes d'inquiétudes.
Un mouchoir sur le visage, contre les mouches.
Minuit sur la natte, la chaleur me réveille.
L'impression que quelqu'un cogne au mur.
Un mouvement elliptique dans l'ombre.
La stylisation complexe et ourlée.
Avec les sons étonnamment clairs et lointains à la surface de l'eau.
Les sampans illuminés, le soir en été.
Lanternes rouges, plaisirs effarés.
Files indiennes sur les pontons.
Serpent métallique et sonore, au-dessus des barques.
Et l'odeur écoeurante du durian sur les quais.
Entourés de figurants mystérieux et figés.
Il faut descendre là-bas, sur la plage, auprès des cages de bambous.
Encerclés par les trains nocturnes et les palmeraies bourdonnantes.
Une gigantesque arène où la vie ordinaire est repoussée.
Un usage immodéré des cameras de surveillance.
Une passion obsessionnelle pour les simulacres.
Une observation impitoyable de la télévision.
La loi martiale y est de rigueur chaque nuit.
Tout est réécrit par cette femme, dès que je m'endors.
Sur son mouchoir blanc, miroir de son honneur.
Alors le futur s'étire devant moi.
Aux lueurs muettes des éclairs de chaleur.
Et je sombre dans la torpeur, jusqu’à l’invention de l’accéléré.
Alors, les rêves encore et encore.
A travers les paupières m'arrive la lumière de l'aurore.
Angle mort où je ne peux pénétrer.
Vociférant du haut de sa tige molle.
Dégouttante de rosée.
L’heure, donc, et le temps qu’elle définit.
Cette idée tout à fait burlesque m'interloque.
La sueur, la tasse de thé et les sandales.
Mon front humide de sueur à même le sol.
Je peux entendre la rumeur de l'herbe !
L'irrépressible surgissement des mots.
Les titres, les phrases dévalent dans ma tête.
J'entends les mots détachés de leur sens.
La ciselure sonore intriquée.
Sa voix semble tout embrasser.
Il s'excuse de s'être conduit en homme qui revient de l'autre monde.
Le cercueil du prince grinçe!
Il a beau comprendre qu’une fumée exige un feu.
Ensuite ses filles entrepennent de compter les feuilles des acacias.
Comme le rituel favorable que procure la numération.
Des traces fébriles et frémissantes.
Niveau zéro à partir duquel l'altitude se mesure.
Une toute petite soldate de plomb, splendide, révéle ses émotions.
Elle réclame un nouveau costume, elle se plaint.
Un uniforme rouge et noir, aux boutons brillants.
Ce ne sont plus que des propositions d'airs chauds instables.
Des jeux insidieusement lubriques, murmures grouillants.
La distance est trouvée par le carré de valets divisé par deux.
Et puis vient le chaos tant attendu.
Je me rappelle, alors, les nuages aveuglants.
Des décisions énergiques, toutes en marbre blanc.
"Tu ne m'entends pas ?" dit-elle à voix basse.
Je laisse entendre mon manque de voix.
Sur d'innombrables rangées de sièges vides.
Tu bafouilles brusquement plein de honte.
Sur l'estrade, le raclement des chaises vides.
Suivi d'une omerta des fauteuils du parterre.
Tout ce qu'il reste à faire.
Toxique mancenillier de nos rêves.
Enregistrer le temps immobile, mesurer l'espace à grands pas.
Boire un perroquet en terrasse, un enfant avec les yeux en bois.
Le jour n'est pas encore levé.
Son unique preuve est lui-même.
La frontière incertaine qu'il instaure.
Tout semble aller du côté de la limpidité.
Dans l'ombre violette de l'oreiller.
Vois mon expression sous-cutanée.
Aux lèvres noires et muettes.
Un corps enveloppé de croûtes de terre séchées.
La moiteur entre les épaules travaille pour toi.
Je me transporte sur de nouvelles terres d'insomnies.
Dans le compartiment somnambule, un voleur assoupi.
Etrange forme de lune répétitive !
Avec un petit chien aboyant au pied de l'échelle.
Je descends à cette gare silencieuse et nocturne.
Les passagers attendent sur le quai, une chose qui est déjà là !
Qu'on promet de me présenter plus tard.
Elle ne m'avouera pas les raisons de sa démarche.
De sa robe jaillissent des pétales de roses acides et poussiéreux.
Après la chaleur écœurante et la senteur de velours.
Le narrateur est atteint d'un mal étrange.
Aucun effort n'est fait dans le sens de la logique.
L'orchestre résonne d'une netteté dans le bonsoir.
Quand il se réveille après une cuite.
L'un de ces terribles rires jaunes.
Je la reconnais à son rouge à lèvres impeccable.
Le peuple chante à bouche fermée.
Solennellement, se tient toute la journée aux grilles du palais.
A six heures, aux carrefours, les mitrailleuses sont installées.
C'est le couvre-feu, fin de la mélopée.
Il faut rentrer par le tramway sous les éclairs bleus.
Bringuebalant, nous roulons vers l'ouest embrasé.
Par les voies grinçantes aux mystérieux sémaphores.
Il semble que nous sommes sortis seulement avant-hier du chaos.
C'est aussi le genre d'épatant raccourci qu'elle peut inventer.
Une nuit, nous revenons du fleuve.
D’étincelants scarabées bourdonnent sous nos pas.
Et de si électriques caresses éloignent l’invisible l’image.
Sous les rayures de la lampe-tempête.
Tout le bungalow vacille, irréel.
La porte sous le porche fermée à clef.
Les larmes en gros-plan à la télévision.
S'évanouissant en larges pétales indigos.
Gecko immobile et vert, collé à la natte légère.
Immergée dans une intense expérience sensuelle.
La friction compulsive de son anneau au majeur.
Et la chaleur, au-dehors, crève-poumons.
Un flot d'anecdotes lui revient à l'esprit.
Au maximum reconnaissables à leurs caractéristiques si singulières.
Une version plus réaliste du monde sera présentée demain, à la une des journaux.
Je laisse échapper un sourire mi-goguenard, mi-gêné.
Elle, je la connais, les autres, je les crois.
Sous la moustiquaire à l'observer endormie.
Lèvres entrouvertes, le nez au-dessus de l'aisselle découverte.
Le moniteur video me défie avec ses zébrures énervées.
Un sens de l'oppression domine l'image.
Et puis cette musique de cintres métalliques me casse les oreilles !
La stance répétitive indispensable aux fanatiques.
Les voix grésillantes et nasillardes.
Rien à la radio !
Désorienté, je me sens infiniment désorienté.
Le recours au fantasme devient l'unique issue.
La bouche aux dents laquées de bétel.
Ils me font manger leur meilleur cheval.
Hors du brouillard, étendue sous le citronnier.
Elle révèle une conscience hébétée.
Parfois devant un auditoire des plus énigmatique.
J'arpente quelques ruelles avant de me présenter.
Je vais dormir dans un grand hall rempli de lits de fer superposés.
Deux gardes me barrent à nouveau le passage.
"Etes-vous des morts ?" leur ai-je demandé.
Les deux à gueule de crevés font mine de plaider ma cause.
Des centaines de personnes portent mes chaussures !
N'est-ce pas surprenant ?
Suit un long silence radio.
On devrait emprunter une autre voie plus discrète.
Encadrée par un haut rideau de peupliers d’Italie.
Un tout petit marin rayé, attaché sur le pont de son bateau.
Un brave homme avec une perruque violette.
Un pélican affalé sur les planches.
La télévision collée sous le plafond bardé de néons.
Avec les odeurs de cheveux gras soulevées par les pensionnaires.
L'aigreur des draps et des cancrelats gros comme le pouce.
La fille de la météo a visiblement envie de pisser.
Une information inutile, et encore les gouttes sur la carte.
Je l'intègre dans ma géographie locale.
Présence de gouttes de sueur à mon front.
Un archipel de sel sur la peau.
Les murs se révèlent aussi poreux que ceux d'une maison close.
Allongé sur le lit, j'écoute les bruits de la ville.
Mouches affolées dans l'air trouble.
Elles inclinent à une onirique démence.
La danse serpentine et lépreuse des isolés du monde.
Le silence clair et sonore des rues.
Le chemin obscur où les fleurs grasses éclosent.
Le déchirement des éclairs de chaleur.
Ils ne se rendent pas compte, ils n'ont pas le temps.
Effritement de mouvements au ralenti.
Maintenant mes membres repoussent encore.
Ce n'était pas mon idée d'aller danser !
Une fois encore, tu t'accroches à ma poitrine...
Tes ongles pianotent rageusement mon omoplate.
Polka mélanésienne avec champignons.
Et pour une fois que personne ne dit rien !
Surtout sur ses fesses tentatrices.
Une grosse fermière hollandaise ou de Suisse.
Provoquant des rencontres aléatoires.
Elle traverse au passage piéton quand la silhouette est verte.
Et presse une longue mèche de cheveux entre sa lèvre supérieure et son nez.
Bien que ses perversions n'égalent pas ses mensurations.
Un généreux support pour tous les indigents.
Toutes les femmes de cette respectable cour vont coucher avec tous les palefreniers de l'Asie.
Elle me murmure que je suis un homme libre.
Un homme qu'on peut donc oublier.
Assujetti à des substances sociales régulées par l'industrie.
Le lait de la nation, le sirop de la rue.
Un agave aux épines de martyr tournés vers le ciel.
Une route de la soie embrassant la poussière.
Et puis tout fout le camp, tout se détraque.
Un jardin à la couleur d'ambre, à la nuque bleue.
L'écroulement, l'éboulis intime.
Une chorégraphie répétitive comme le claquement d'un train.
L'effervescence bruyante de l'aspirine.
On se reverra difficilement.
La mort la dérobe à ma reconnaissance !
Cette pierre a une étrange histoire que je te raconterai plus tard.
Arrivée à la gare sombre aux fenêtres à claire-voies, la stase.
Où luisent une suite de lampes vertes et blanches.
Alors je joue avec ses sentiments.
En son sein, se révèle la précieuse carapace.
Tout cet ensemble mécanique, optique et lumineux.
Alors je lui offre un nouvel objet noir et carré.
A la gloire, à l'extension de nos frontières, à la sensibilité, lien fragile.
J'exprime mon agacement en répétant le même geste.
C'est vrai que j'ai d'abord besoin d'un soulèvement.
Une boue intime qu'il me faut partager.
Le trouble mugissement de la houle profonde.
Dans un coup d'oeil dramatique, elle disparait.
Entre les jambes noires et humides des pontons.
En ce moment couleur de myosotis.
Par où commence-t'on, alors ?
Toujours par des techniques légères, d'après la théorie des couleurs.
En pavoisant les rues de débris humains.
Entre les cases incendiées, j'apparais, après le massacre.
Encore une autre sombre figure haletante.
Il faut laisser les corps exposés au soleil, dit le capitaine.
Par le fluide d'embaumement répandu.
Ses idoles sont, alors, ointes et recouvertes de goudron.
Seul antidote capable de laver des trottoirs élastiques.
C'est alors qu'il tire de sa poche un fil.
Lequel se distingue de tous les autres par son aspect métallique.
Il faut rester derrière pour tout comprendre.
Lui aussi, apporte la civilisation au bout des torches.
Ou alors il détruit un pont, une ville pour éviter un combat sanglant.
Avec des gants secrets fabriqués en une sorte de soie radioactive.
Un reste de défiance s'éveille au fond de son coeur.
Nous comparons nos cicatrices.
Des adieux encore une fois, il faut le faire vite.
Il y a des pins et l'odeur de la Méditerranée, le soir.
Des bals populaires et des baraques à frites.
Pour éviter le couvre-feu, nous vivons cachés au Jay-Jay Inn.
Matrone muette, couloirs bleu pâle.
Parties d'échecs entre faux missionnaires.
Magnolia et Sampaguita.
Toutes les tables sont recouvertes de nappes blanches.
Pompes funèbres et pieds en bois noir.
Une plaie ouverte dans le noir des hauteurs.
La dilatation du mouvement s'élargit au paysage.
Le golf verdoyant et les lauriers en fleurs assurent l'illusion.
L’âpre et désolant réveil de tout ce qui, pendant cette traversée, a dormi en moi.
Un autre élément liquide vient confirmer le démentiel glissement.
Balayant les filets d'eau ruisselant du plafond.
Sur les murs, des photos de vagues énormes avec des surfeurs.
Un puits tari aux parois liquides.
A rester assis dans une chambre d'hôtel, sur cette île.
Des récentes expériences de tremblements de terre, il ne reste rien.
Les gros, les idiots, les obsédés sexuels, les filles bien roulées, les commerçants inquiétants.
Autant de personnages grossièrement esquissés habitent l'univers.
Rideau fermé, nouvelle version de la réalité.
La dislocation lente et grotesque.
Quand les portes des deux chambres sont simultanément ouvertes, je vois un corps sans tête.
Un mouchoir de soie noire sur la bouche.
Eclat morve de la mer dans la queue du typhon.
Je descends vers le port.
Saumure et sardines par-dessus les toits.
Des buffles mugissants hissés par des palans.
Les passagers criards s’empressent sur le pont du Tampomas.
Des conversations nasillardes de téléphone.
La ligne se dédouble, le cercle irradie doucement.
Nous prenons notre café dans sa cabine.
Mais cette nuit, je ne suis plus très sûr de finir mes petites histoires.
Elle frappe de nouveau à la porte.
Ici, ces cris ne me laissent pas dormir.
Il faut la suivre sur son banc de sable.
Le rapport de distance est, là encore, improbable.
Ce qui est confisqué aux passagers du cargo.
L'odeur de terre disparue.
Le sel humide sur les rambardes.
Le sel de tes lèvres minces.
Et puis encore le sifflet aigu de l'hirondelle.
Je lui affirme que je ne rêve jamais d'elle !
J'ignore doublement la feinte.
La douce résistance d'un corps luisant.
Le ronronnement du bateau dans l'air salin.
La présence de cette bannière inquiète.
Tous ces numéros de téléphone imprimés en vert.
La chose se tient d'elle-même le long du sillage.
La couleur de fond indique la raison sociale de la compagnie.
Rouge comme le sang des boeufs.
L'ombre carmin des paupières tournées vers le soleil.
Pendant ce temps-là, je m'assieds en cercle autour d'elle.
Pour qu'elle n'aille jamais qu'au haut des cheminées.
Les deux cheminées dégorgeant des flots de fumée noire.
Poitrine opulente et carène majestueuse.
Une passion aussi lumineuse que le jour.
Ce vieux cargo roulant dans l'indigo, tremblant de rouille.
Le soleil s’allonge maintenant, sur la mer étale.
Et ce changement de direction si soudainement.
Un présent incertain duquel les protagonistes sont happés vers un futur.
Les premières notes de l'orchestre de dangdut, sur le pont, suavité entêtante.
Un flot de réverbération sonore noie les docks de Tanjung Priok.
Je touche Java et ses lucioles dans les rizières.
La campagne est noire, luisante et semées d'étoiles.
Les cailloux bigarrés sur la rive, avec dessous cet insecte aux élytres de cuivre.
La saveur acidulée du tamarinier.
Allons-nous là où tournent les ventilateurs ?
La respiration des trains à vapeur, recouverts de posters jaunes.
L'air brûlant, le banc en bois et les jambes sombres des passagères.
Nos genoux se touchent, le train halète.
Les volcans lointains, tremblants et roses.
Le matin doux et pâle, et l'ankylose.
Les hommes se frottent les joues, montrant leur barbe naissante.
Les filles soutiennent le bleu de mon regard.
La vendeuse de thé ondule dans la travée.
Te souviens-tu de ma voix?
Je me tiens au sommet de la colline.
Choisissant de m'effacer derrière l'image.
Resteras-tu dans les plaines jusqu'en septembre ?
Une longue route sinueuse de montagne nous conduit ici.
Des rizières en terrasses jusqu'aux premiers nuages.
Avec ses yeux plissés dans le rétroviseur.
Tu peux demander au chauffeur de taxi de nous laisser là ?
Ses collègues parlent longuement au chauffeur.
J'éprouve une funeste démangeaison de leur couper... au moins la parole.
Deux formulaires ennuyeux à remplir, bakchich compris.
Un document minutieux décrivant des mondanités désuètes.
Emballage de sandwichs de la marque "The Beatles" sur le siège.
Et je réajuste le tir de ma perception.
Cette zone a un petit quartier bruyant et nocturne.
Je demande asile avant de vouloir faire demi-tour.
Lumière tigrée, rougeoiement de la flamme.
Un tintamarre au-delà de cette porte écarlate.
L'ambiance générale est une splendeur coloniale et tropicale fanée.
Le mobilier de la chambre est comme le reste de la maison.
Un losmen bon marché, des rats sous le lavabo.
Le parquet aux grandes lames noires luisantes.
Un homme danse et frotte, le pied sur une demi écorce de noix de coco.
Un vieux ministre des autels, affranchi des liens ténébreux.
L'esquisse d'un Bouddha distrait, d'une beauté inquiétante.
Cet escalier à vis est la figuration du mensonge.
A l'instar de la culpabilisante torsion du corps.
La dame secoue ses clefs.
La mélodie guerrière des tambours.
Une flamme avant-courrière du feu des combats s'allume dans mes yeux juvéniles.
Trois amis échangent mystérieusement leur radioactivité intime.
La tête bourdonnante, thés glacés, clous de girofle.
Avec ce parfum de fleur d'oranger à l'étage.
Un fil rouge traverse les couvertures, rideaux et la plupart des papiers peints.
Au dehors, balcon paresseux et vue sur l'école.
C'est la fin de la saison des pluies.
Typhons et jonchées de cocotiers au sol.
Fumées brûlantes couleur de safran.
Quelque part près de l'appartement, de si furieuses luxures.
Les dames les plus spirituelles et les plus aimables de la ville.
Un entrepeneur local construit son propre réseau TV.
Je sens là toute une existence de surface et de parade.
Le jour, bientôt moite de la tombée de la nuit.
Comment se passe la transition entre une natte et un lit ?
"Welcome" proclame le paillasson.
Un message pas aussi subtil que ça !
Même si, par beaucoup d'aspects, c'est devenu partout la norme sociale.
Un petit côté cathédrale.
Alors comment renforcer la rareté, ou plutôt la perception de la rareté ?
"Nous n'avons pas de filiale" déclare l'unique restaurant indien.
Avec l'humain décor doté de mémoire.
Photographie d'un pauvre fauteuil en rotin.
Un vieillard immobile en sandales de plastique.
Il vend des équipements pour tracer les coups de téléphone.
Que vous croyiez aux messages ne dépend que de l'autorité de l'émetteur.
Il ne faut pas seulement traverser, mais courir pour sauver sa vie.
Vous ne pensez pas que ce monsieur qui marche, là, est vivant.
Je me tiens tranquillement hors de sa vue.
On est finalement tombé sur cette exposition de moleskine.
Semblables à des thorax ouverts de bêtes mortes.
Une boîte à gants prodigieuse.
Des huitres deux fois la semaine !
Mais ce sont de pauvres places, là-bas.
On peut toujours introduire un danger le long des routes.
Il y a un moment, à l'ouverture de la porte de l'avion, où l'air du pays se présente.
Objet énigmatique qui n'est palpable que de l'extérieur.
Et vient la chaleur comme un mur.
Le caractère dérisoire de ce genre de continent factice dévolu aux loisirs.
Organisés, administrés par des domestiques insolents, railleurs et mornes.
Les montagnes frangeant la nuit humide d'étoiles.
Ce soir, il est plus dur de rester au dehors.
Réduire la friction de la transaction au minimum.
Sur une autre échelle, un foxtrot au ralenti.
Des lèvres brûlées par la noix d’arec.
Toute une constellation de femmes authentiques en volière.
Elles accentuent l'impression d'une solitude figée.
Alors, disposer d'un petit socle pour les petites choses.
En présence de quelque chose de plus resserré, de plus intime.
Le désir d'arrêter le temps est lié à la peur de débander.
Manger celle qui est fécondée par mégarde.
Celle-ci, vous allez probablement oublier.
Surtout si sa propre voix devient le peuple.
Empruntant un chemin invisible dans les herbes hautes.
Entrainant la lune dans les bambous bruissants.
Voici donc, la profondeur de champ !
Plus tard, avec la pluie, tout bouge vers les bords de la cour.
Les lauriers placés symmétriquement au bas d'un escalier.
Trente minutes à passer parmi les sombres tiges.
C'est exactement là que je t'aperçois, d'étonnement frappée.
Sexy et très marrante.
Descendant le lit sec d'une rivière.
Traînant l’impériale splendeur de ton derrière.
Cette partie de la ville n'échappe pas au sentiment de vide.
Une fois passé le pont, elle vient à notre rencontre.
Le jeu de l'amour et de l'espadon.
Une foule se baigne, entraînée en cadence par le ressac d'une vague artificielle.
Pêle-mêle, claquements de dents et odeur de poule mouillée.
"Monsieur, me dit-elle de sa voix la plus caressante, ne vous emportez pas contre lui; il m'aime."
Les lits sont toujours fait pendant notre absence.
Une élévation du matin, un accomplissement du soir.
Les yeux fermés et une tasse de café brûlant entre les mains.
Pouvez-vous garder un oeil sur nos collaborateurs ?
Qu'ils ne se perdent plus dans les méandres de ces caves.
A chaque tour de roue, d'énormes flammes surgissent.
Les vociférations autour de la chaudière.
Quant à ces objets, ils sont des substituts sentimentaux.
Qui peut croire un téléphone sans fil ?
Des gants transmetteurs de données.
Une poignée de mains, et, hop ! un dossier médical.
Tout en bas, près du code-barre, des chiffres.
Les anonymes, grains d'une autre sorte de politique musicale.
Des conversations au téléphone, le bruit du verre cassé.
Son oncle préfère le bourdonnement des abeilles, dit-elle.
Ainsi, tu me suis comme la chatte du voisin.
Jusqu'au bord de ce qui n'est qu'une piscine.
La tombe liquide offre à mon réveil le portrait de celle que j'aime.
Elle montre des moments inattendus de résistance.
Jusqu'à éclater dans une précipitation fulgurante.
Pourquoi, alors, ne me laisse-t'on pas tranquille ?
C'est sans doute parce qu'elle a résolu de me rendre l'un après l'autre tous les biens que j'ai perdus.
Mais pour cette nuit, je veux finir le conte.
Une pétrification morbide de la fiction.
Lit de pierre, sommeil minéral.
Une fièvre tremblante aux concrétions fantastiques.
Fumées âcres et brûle-parfum.
Pourquoi ai-je traversé des océans de bronze et de fer ?
Les trains ne transportent pourtant qu'un seul objet.
Ils ont l'avantage d'être immobiles et propices à la répétition.
Tout se tient au bord de l'ombre des voies.
Et puis, il y a tous ces milliers d'automnes.
Electricité, pylônes et et mass-médias.
Toute une barbarie électrique.
Une promesse de beauté fluorescente.
Elle me retrouve et m'emporte sur les quais.
Le temps presse, le fleuve est en crue.
Course fluviale d'une drôlerie absurde.
Nous reprenons la mer sur le Léon, un cargo pour les Philippines.
Hors du ciel pluvieux dessinant le rivage assourdi.
Le chuintement du sillage inexorable.
Double bourdonnement de l'hélice et du ventilateur.
Reflet de la lune au-dessous de la quille.
Et tous ces boat-peoples à la dérive.
Une fois passé Corregidor, Manille écarte les cuisses.
Dans une célébration de son désir de possession.
Les klaxons des jeepneys et les murmures débauchés.
Retenir l'objet de son émoi et remettre la climatisation.
D'un autre côté, je sens l'adorable clarté du large.
La mer phosphorescente, ses dauphins et ses pirates.
Des sifflets de vapeur ouatée par la distance.
Carriole aux grandes roues grinçantes roulant vers le port, à l'appel du pilote.
Et voilà que la journée se termine par un hasard qui se renouvelle presque tous les jours,
Dehors, c'est un paysage de dentelles corrodées par la pluie.
Il y a celle qui vient heurter notre nuque.
Celle qui nous travaille et nous courbe.
Humide et impitoyable souveraine.
Elle se vaporise au contact de la poussière brûlante.
Trébuchant sur le sol qui se dérobe.
Divagation inopinée ce soir.
Paralysie de la faute et de l'ignorance.
Il y a une sorte de protocole non-écrit.
Il ne faut pas trop insister, fleur azurée de l'innocence.
Les bonnes manières sont souvent prises au sérieux par les politiques.
L'idiot du village, fils de bonne famille, s'est emparé du trône.
République acéphale et cueillette des mangues.
Le gouverneur tyrannise ses anciennes nourrices.
Marquant le caractère tragiquement insaisissable de la vacance.
Sa femme, toute à son exaltation décolletée.
Modifiant à peine la surface mouvante et irisée.
Le vent siffle les jeunes mariés et les vieilles filles.
Un pathétique "concours de beauté" local.
Ceux qui ont encore leur raison meurent.
Dans des allées à demi éclairées.
Ils se rencontrent, et font des plans minces et fanés.
Et puis, on finit par les voir rétrécir dans la pénombre.
Car, le savez-vous, je vois sans soleil !
Je vois une maison aux rideaux de chagrins.
Là où elle s'est fait ses premiers piercings.
Une automutilation vraiment extraordinaire.
Cela fait sur son dos comme des petites vagues.
Profondément enracinée dans la trahison de son enfance.
C'est un genre de beauté qu'on goûte assez dans le pays.
Ici, au sommet de la montagne.
A juste quelques kilomètres de son lieu de naissance.
Avec les petits charbons dans l'eau des fleurs.
La télévision qui bégaie son électrique innocence.
Et les deux grandes rivières encerclant la forêt.
Un million de petits atomes bleuâtres jouent dans la lumière.
Une menace nostalgique pour le reste du monde.
Au-dessus des têtes, des corbeilles pleines de viandes noires.
Une formule sourde et secrète.
La splendeur du mouvement des étoiles.
Un souffle aux confins des ténèbres de l'empire.
Là où tout se tient, suspendu à l'orée de l'inconnu.
Les pygmées rieurs sous le volcan.
Les dents aiguës et la palme sous la pluie.
Des cris vitaux en faussets vibrants.
Là où l'on ne voit plus que les cartes effacées du rien.
Les nouveaux-nés enveloppés d'écorce aux motifs protecteurs.
L'oscillation spontanée de la peau et de la chair.
Le dôme de feuilles, réticulé et tacheté, de la hutte.
Je souris niaisement au discours du chef dans la fumée.
Parmi les lanières de viande de cerf boucané.
La brièveté des scènes constituées de notes sèches.
Toutes ces forêts rasées, humides et fumantes.
Le temps du miel est venu.
Je l'entends bien, moi aussi cet appel.
Oh, attends une minute !
Quand la radio s'annonce d'un gros son tapageur.
Bananiers ensoleillés et vahinés bien chaloupées.
Une joie physique, un spasme charnel !
Une réverbération monstre.
Des millions d'oreilles éponges en laconismes sensés.
Tu dissous le gratin de la pensée universelle.
Tronçons et parcelles.
Quand est-ce que je pourrai cesser d'attendre ?
Je l'ai laissée dans sa chambre, plus folle et plus obstinée que jamais.
Conséquence d'une sorte de distance inédite.
Affolée silencieuse.
Devant sa réalité, j'érige un balcon critique.
Car comme les instants, les corps sont limités.
A moi de lui fournir les moyens de courir le monde.
Tous les collages sentent le remord.
Et d'affronter le réel, de sentir passer les minutes.
Oh, je m'en souviens maintenant !
Grâce à la trace sonore emprisonnée.
Plus proche encore de l'orateur.
Un débit fougueux aux riches hésitations.
Ne dire qu'une chose précise qui pourtant nous échappe.
Alors le caractère énigmatique gagne en relief.
Avec une large dose de paysages pâles au pavement gris.
Il faut compresser le signal dans le domaine de l'audible, dit-elle.
Qu'elle se débrouille maintenant !
Les objets se transfigurent selon le magnétisme des personnes qui les approchent.
Embrasser le potentiel émancipatoire des commodités de civilisation.
Passages étroits, vélos et sonnettes.
Passages de grattements et d'extrêmes vocalises.
Et sa chevelure m’inonde à nouveau, m’aveugle le visage.
Les oreilles bien fraîches.
Toutes de quiétude partagée.
La musique d'une pantomime absurde.
Une miette de vérité dans un gros plat de bêtises.
Eprouvant le caractère décousu et fragmentaire de sa vie obsessionnelle.
D'un pays à l'autre, d'une côte à l'autre même.
Lorsque je regarde par la fenêtre le trop-plein de lumière.
Intrigué par l'idée de paysage dans lequel tu attends perpétuellement.
Plus ténue, plus sombre et aplatie en son centre.
Bien ! Tu plantes du riz, des prunes et des roses à présent ?
Les ongles pleins de terre et la boue au genou.
Mais on reste là, planté à regarder l'horizon plombé.
Extatique, impatient des premiers orages.
Perception enfantine ouverte à l'imprévu.
Pourquoi veux-tu que je me lève ?
Le soleil est devenu le géant rouge.
La distinction entre son corps et le paysage.
Elle aurait bien mérité sa place dans la mythologie grecque.
Est-ce que mes seins te plaisent toujours ?
Comme des nuages chassés par un joli vent de nord-est.
Et mon cou aux veines bleutées ?
Le cou d'une vache, un orchestre bringuebalant.
Aux pratiques circulaires et parallèles du sorcier.
Une stricte observance des rituels païens de fécondité.
Un pont tremblant au-dessus de son corps.
Absolument fasciné par la transplantation d'organes.
La géographie d'un cancer du poumon.
L'exacte reproduction de la carte du Cantal.
Des collines en tapis de billard et des carrés de chocolat en guise de vaches.
Et qu'arrive-t'il à ces terrains paradisiaques ?
Ces collisions intergalactiques, les explosions ?
Les confusions ont sans doute quelque parenté.
Des cas d'une étrangeté presque aussi surprenante.
Je t'ai entrevue, une fois, à la lueur des torches.
En blanc bonnet, pleurnichante et moqueuse!
Ton regard plus trouble que l’eau boueuse.
Les voix de l'herbe s'éloignent, maintenant.
Les enfants se méfient toujours de l'âne.
Pendant des années, ils creusent pour trouver la plus grosse racine prise dans un tuyau.
Quelle farce !
C'est votre vie, après tout !
Qui me rendra ces heures envolées ?
C'est un piège qui place un grelot au cou de la bête.
Et puis, au bout d'un moment, elle reprend son monologue.
Une ondulation divinement voluptueuse.
De la chair d'humain tissée.
Elle me méprise car je ne connais pas le jeu.
Comme si je dois tout comprendre avant de mourir.
Ce qui importe c'est la fuite, la désobéissance, la fuite.
Mais aussi de mettre un peu de désordre, pour voir, par exemple.
Porter des costumes de plastique jaune.
La cotte d'acier aux mailles étincelantes du chevalier.
Combattre le dragon subtil au goût d'opium.
Ça me donne envie de feindre l'absence.
Tu ferais mieux de foutre le camp !
Très loin, dans les sables glacés du Gobi, ou les mines de l'Oural.
Un câble s'enroule en partie autour du guidon.
Une chute pathétique dans l'eau sale du port de Singapour.
Retour piteux à la pension, Tanjong Pagar Road.
L'ordre adulte et ses interrogatoires humiliants.
Figurez-vous une scie léchant un arbre avant de le mordre.
La logeuse appelle le service de dératisation, parfois.
Sept d'un coup !
Une histoire qu'elle a d'abord raconté à son mari.
Lui, veillant sur sa collection de bocaux derrière le rideau.
Une étagère où l'on distingue l'éclat vert des foetus baignant dans le formol.
On a l'habitude de monter vers la place, ensemble.
L'ascension du beffroi révéle la folie du mari jaloux.
Sept photographes se disputent un homme si précieux.
Qu'on le laisse dormir, c'est tout !
Des heures à bouger au ralenti, assis en terrasse.
Le python familial disparaît sous la baignoire.
Puis nous accompagne jusqu'à la mer où il se noie.
Les lanternes multicolores éclairent les mâts d'un chapiteau.
C'est un cirque napolitain, ou allemand, sur la place.
Un microscope pour éléphant, un pastis pour ses parents.
Plus de figures redoutables, plus de rires moqueurs.
Le dimanche, la mer brûle mes paupières.
Souvenirs cloués de fièvres colorées.
Définitivement hors-champ, d'ailleurs.
Une fille prénommée Renate hurle a chaque éclair.
Et, à son éloquence, je lève mon verre.
Elle se contente d'échanger des paroles banales.
Mais tu es la reine de la lune, de la lune.
Et toi aussi, Pam, la chaise sexy !
Pourquoi ne me laisses-tu pas marcher avec toi ?
L'accablant de mille questions auxquelles elle oublie de répondre.
Ombre ! Que veux-tu ? Que commandes-tu ? Un tombeau ? Un monument ?
D'une barbarie à peu près aussi morne que la tienne.
Dis-moi maintenant si tu fermes les yeux.
Comment acquiesceras-tu ?
Il n'y a plus que le sommeil sous la fièvre.
Face à l'océan, elle se met finalement à parler.
Toutes ses actions sont, quand même, en baisse.
Elle frappe plusieurs fois, d'abord doucement, puis beaucoup plus fort.
Tous optent timidement pour une poignée de main.
Cette grosse sensation d'horreur convenue.
Vénérable canaille! mais tu m'aurais tué comme un chien.
Tout est en dérangement perpétuel.
Au royaumes des cerveaux défaits.
Les dialogues interrompus par les vents du nord.
Des icônes à pleins bras.
Des rituels compliqués à n'en plus finir.
Des milliards de fidèles à se répandre en prières.
Les champignons de l'espace à notre portée.
Putrides et inféconds.
Par l’affreux soleil qui noircit l’herbe.
Glace pilée et dysenterie balinaises.
Rencontrer sa taupe intérieure.
Avec l'incapacité d'avoir un niveau d'activité décent.
Avec toute cette série de colonnes vertébrales visibles.
Fin des grésillements d'émissions radio.
Si ça se trouve, elle va se réveiller.
Une fois dans la vie, exactement pareil.
Reprendre le tout à la base.
En entrant progressivement dans l'eau jusqu'à y disparaître.
Il y a de l'eau en bas de l'océan, je le sais.
De quoi remplir le dé à coudre géant de Glumdalglitch.
Les pieds nus dans la vague, un homme avec un sac en papier sur la tête.
Mais selon les savants, les hominidés ont émergés à cause d'un changement dans la nourriture.
Une expérience qui soulève des questions.
Il manque toujours quelque chose.
A en juger aux fossiles retrouvés dans la falaise.
Il serait plus difficile de survivre en gorille.
Mais un cinquième des motifs représentent des petites dents.
Regarde ses mains, ses griffes, ses deux pieds chaussés de peau jaune.
Le genre de coupeurs de têtes fort civilisés, ma foi !
Sans remarquer l'absurdité de ces derniers mots.
Et les écoulements sont effrayants cette nuit.
Des arêtes noires et huileuses.
Des odeurs violentes, des bruits de rixes, aboiements de chien.
Un homme passe devant moi sans me heurter, sans rien dire, sans me voir.
La machette huilée bat son flanc.
Les gencives rouges.
Et toute la suie des clairières brûlées.
L'expression sylvestre primordiale.
Aux sons des harpes de bambous ciselés.
La nudité féroce et les souvenirs des têtes rapportées.
Illuminé toujours plein-feu.
Il y a de la barbarie à retarder si longtemps l'heure du dîner.
J'entreprends ici l'énumération véridique de tous les plats.
Un, deux, trois, et la maison brûle !
L'application cherche à nous quitter.
Un fauteuil roulant recouvert de faux givre.
Ça sent l'intérieur d'une voiture d'occasion.
Les vieilles housses en plastique et la lavande fanée.
Avec ce sens du tremblé noble et du drapé généreux.
Des voluptés inconnues et atroces.
Je meurs maintenant de ne plus prendre ma part.
Je m'abandonne à des besognes mercenaires.
Peu importe que ce ne soit que pour cette nuit.
A l'assaut des remparts de la ville ranimée.
Les miaulements au creux de la muraille.
Dans la pénombre du grand escalier.
Toutes ces femmes nocturnes avec à la ceinture un loup de velours.
Leur corps comme un sombre lys.
La chambre au papier peint découpé.
Avec un peu de pratique, les ciseaux peuvent devenir très addictifs.
Ils autorisent, par contact, la délivrance.
Clamer la nature contradictoire de la séparation.
Mais la censure reste toujours active.
Elle est pareille aux sables mouvants.
Solitaire affaissement du sol.
Le nihilisme par le retrait.
Quelle ombre me visite dans cette heure de sommeil?
L'encourageant à la pratique de ses démons, rumeurs et secrets.
Elle se répète constamment, n’ayant qu’une petite quantité de formes.
Surtout celles de la sous-culture.
La minute qui suit lui parait d'une longueur extraordinaire.
Personne ne mange, personne ne parle.
Elle souffle dans sa tasse comme un dauphin dans le Bosphore.
Elle se présente suivi de dix mille éléphants.
Elle s'est fait expliquer l'usage de ces grands fils qui courent sur des poteaux tout le long de la voie.
Courant les steppes, montant à cru.
Elle déteste la transparence de la vie des autres.
Je dois plier des mouchoirs en papier blanc.
Jusqu'à ce que l'argile brune emplisse mes orbites.
Portions de rats et quartiers de chiens.
Une feuille de pomme de terre en épitaphe.
Posée sur le frais humus.
Or elle se tient au coin de la rue, cachée par de lourdes grappes.
Méditation interrompue par le son d'une langue inconnue.
Tous les animaux réincarnés en herbes folles.
Et la lueur des yeux, au bord des paupières.
Fragile, gracieuse et splendide entre les deux espaces.
Au sortir d'un compartiment peuplé d'insulaires.
Ses vêtements, sa coiffure et bien sûr son attitude méfiante.
Blessée affectivement, elle ne sait rien dire d'agréable.
Parties vociférées d'un discours échevelé.
Loin d'indiquer ce que ses yeux regardent.
Les paupières plissées à nouveau d'ennui.
Plongée dans l’eau noire, révélateur tiède.
Avant de renaître à la vie éveillée.
En me caressant le front de sa main électrique.
Semblable à de minces anguilles lumineuses.
Des adolescentes hurlent des insanités.
Je m'enfuis en pirogue.
Curieux sentiment de liberté.
Je pagaie léger comme une libellule.
L’autre rive d’un fouillis de planches multicolores.
Et j'accoste une sorte de longue terrasse.
D’anciennes légendes de crimes attachées à l'embarcadère.
Les hommes ont beau mourir; ils sont remplacés à l'identique.
Une empreinte de pied sur la plage.
Des traces d'humains sur cette île verte et sombre.
Une frontière bien plus signifiante que celle censée opposer la mer et la fiction.
L'île résiste à la légende qu'elle veut mettre en scène.
Il y a combien d'années que vous êtes ici ?
Il n'y a pas d'autres abris sous terre.
Tous ces vieux réchappés des bombardements japonais.
A se voir arracher toutes les dents par des tenailles de charlatans.
C'est alors que le système se met à changer.
Alors je dois, à nouveau, me mettre la cicatrice chaque matin.
Je l'ai remarqué parmi les soupirs absurdes et mouillés.
Mais après un premier mouvement d'agacement, une sensation de pur présent.
J'ai toujours été là où vous me voyez, avec des distances multiples.
Les mains dans les poches, à la recherche d'une chambre d'hôtel.
"Je ne sais plus !" me répond le veilleur de nuit.
Evidemment une façon de résister aux flux, de prendre le temps.
Une plage claire jonchée de palmes sèches.
Dont l'aire désertée ne peux plus isoler l'action.
Tous ces phénomènes naturels à intervalles réguliers.
La merveilleuse inauthenticité de l'art.
Avec tous ces câbles qui passent sous les océans.
Elle reste suspendue, immobile émerveillée.
Plein de baisers sonores sur une vieille peau de fleur d'oranger.
Par deux femmes, aux yeux peints.
Et dont la nudité dorée transparaît dans l'air léger.
Entièrement recouverte d'un drap, sauf une jambe nue.
Ne reconstruisez pas les voyelles, mademoiselle !
J'ai observé les autres et maintenant elles me changent.
Pas un seul regard furtif dans ma direction.
Elles m'en veulent parce que je suis ici.
Moi, qui fréquente si peu les gens.
Les mensonges ont des petites jambes.
Pour être précis, il y a certainement quelque chose de vrai là-dedans.
Je vais respirer un air plus libre et pisser sur le temple de la Gloire avant de me mettre au lit.
Comme si la maison avait été ouverte aux quatre vents.
Et tu reviens de sous la terre pour nous saluer.
Voilà tes propres traces de pas, limon des rivières.
Mais observe au plus près les infimes rampants qui pullulent.
La communion visible avec le milieu naturel.
La même figure blanche, toujours lointaine.
Elle exhale une odeur de jardin.
La froide sueur et le laurier tombé de ta main !
Et plus tard, un soleil aveuglant à la terrible immobilité.
Lequel résiste à sa propre réflection.
Au bord d'une rivière scintillante tout simplement éclatante de beauté.
Le pays est cultivé pour le plaisir.
Mais qui pourrait bien nous voir ?
Elle fait un signe à un petit monsieur vêtu de noir.
Qui fume sa pipe, la toile rêche des genoux maculée.
Un champ pathologique qui s'incarne en chair humaine.
Nous marchons pendant des jours.
Pour faire court, c'est incroyablement désorganisé.
Nous faisons des visites aux maisons muettes.
Il y a une croûte de pain moisie aux lèvres humectées.
Avec des anges baroques plein les étagères.
Et ton bérêt couleur de prune, plumes vertes.
Un souvenir qui franchi le seuil de l'obscène.
Elle désigne une sorte de matelas aux rayures incertaines.
Des emblèmes rose et sinople.
Même la photo montrée est différente à chaque fois.
Son motif favori est un tas de branchages, le fagot.
Les racines des arbres abbatus par la tempête.
Une cabane où les paysans mettent le feu.
Un jardin aux sentiers diffus.
Perspicace, elle remarque que le soleil se couche.
Tout ce que nous avons est maintenant.
Carpe Diem, n'est-ce pas ?
Nous revenons toujours à Circular Quay.
Sur le ferry, je passe derrière elle en regardant intensément ses cheveux.
La démarche, le déhanchement, la manière de s'accouder.
Jamais, ni avant ni après, elle n'a connu une telle liberté.
Veux-tu que je regarde ces griffonnages ?
Toi qui m'as taillé une paire de bottes dans la peau de l'infortuné Zéphyr !
Alors quatre poètes mangent un caractère chinois.
Avec du riz sur la moustache.
Affublés d'un costume grotesque, l'oeil en feu.
Ils éclatent de rire, tandis que dégueule une fanfare.
Un réalisme quasiment éperdu.
Un petit jardin de trois mètres planté de fleurs uniformes.
Images tronquées surgissant de l’abîme du fleuve indigène.
Minuscules embarcations coloriées.
Avec toutes leurs petites trahisons mesquines.
La traversée négociée du fleuve.
La terre obscure détrempée par les moussons.
Un royaume public réduit à la misère.
Le luxe étalé comme un manifeste.
Le confort moderne avec la salle de bains du barbare.
Ils s’engagent dans un vaste couloir.
Révélant des souterrains aux espoirs improbables.
Où veux-tu aller ?
Nous n'en pouvons plus, nous avons assez marché.
Chuchoté un chant funèbre de lèvres en lèvres.
Quelles séductions pour un culte du beau.
Des corps enlacés, des bras tatoués, chargés d’anneaux d’or.
Un cirque entier de petites confession hâtives.
Tous les insolents aux crachats iconoclastes.
Des lamentations comiques sous un saule pleureur.
Une gesticulation que tu assimiles au nihilisme.
Parce qu'ils ont poussés la négation jusqu'au sacrifice humain.
Tout est si précaire que nul ne parle du futur.
Tu vois aussi les blessures de la nature.
Commence l'éventrement du monde.
C'est statistique, c'est érotique.
Une vraie passion pour le lointain.
C'est sarcastique, c'est ironique.
C'est le pays où tout va bien.
Il ne se contente pas de la beauté des lumières naturelles du soleil.
Il est un produit d'appel.
J'aperçois un canot vide sur le rivage.
Ou dois-je m'éloigner de la côte à la nage ?
Ça a été une longue période grisante.
Une longue nuit enfiévrée.
Vous savez, les lumières vont s'éteindre.
Eclats éphémères, faibles lumignons sur la ligne verte.
Ne la réveillez pas !
Et en un clin d'oeil, elle disparait dans le sol.
Je t'ai manqué de peu ce matin.
Désolé, désolé !

Pierre Wayser 2006


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